Février 2020, mon premier album se prépare. Le mixage est quasiment terminé. Deux journées en studio sont prévues fin mars, afin de lancer la fabrication courant avril/mai 2020.

Laissez-moi vous présenter chacune de mes chansons, un peu comme je pourrais vous présenter des potes.

« Petit Grizzly » : vous imaginez bien qu’être artiste, c’est répéter sans cesse. Pour l’entourage, ça peut devenir rasoir. « Petit Grizzly » est partie de là. Elle raconte cet âge, la dizaine, où l’on balance entre l’enfance et l’adolescence, sans trop prendre de pincettes avec ses parents.

« Le Papillon venimeux » : un bien étrange chant que celui du papillon venimeux, qui ne vit que pour sucer le suc des corolles. J’adore danser sur ce titre tellement entraînant, un brin funky, et je suis sûr que vous aimerez aussi.

« Le Filtre » : nous ne sommes que le fruit des circonstances. Nous vivons de plus en plus avec cette idée que nous sommes traversés de part en part par notre environnement et l’action de nos semblables, pour le meilleur et pour le pire.« 

« L’écart » : lorsque je suis allé en résidence d’artistes au Québec l’été 2019, un air m’est venu en tête au retour d’un concert. C’était en pleine nuit. Je marchais dans les rues de Granby. Je voyais s’enchaîner mes pas. Mes baskets jaunes m’hypnotisaient. Je venais de quitter une trentaine d’artistes, tous la vingtaine. De retour en France, j’ai terminé la chanson. Elle mesure l’écart, célèbre la jeunesse et en rappelle le prix.

« Ils sont derrière toi » : je l’ai écrite comme enfant et je la chante aujourd’hui à quarante ans. « On commence par les tuer, avant de les aimer ». Parfois, la filiation est une question de vie ou de mort, pas nécessairement parce qu’un traumatisme serait tombé du ciel. Non, simplement parce qu’exister en tant qu’individu nécessite de couper le cordon avec détermination – à un moment ou à un autre.

« Kessta Salefepa » : l’adolescence est un état que l’on ne comprend plus quand on l’a quitté. Il paraît indéchiffrable. C’est un âge où l’on est un peu con, certes, mais c’est surtout un âge où on rêve d’être moins con que les vieux. Cet espoir-là est un diamant brut qu’il ne faut pas assombrir. Notre monde sera sauvé par ses jeunes, pas par les vieux plein de soupe et d’aigreur. « Kessta Salefepa » c’est, avec « L’écart », un autre hymne à la jeunesse sur mon album.

« L’Homme des foules » : c’est une chanson que j’ai écrite au début des années 2000 en pensant au tour de vis pénal du gouvernement en place. Cette soif de sécurité, où pouvait-elle nous mener ? Que deviendraient nos libertés ? Et puis, le temps a passé, mais le choc électoral de 2002 s’est reproduit en 2017. Finalement, cette chanson – pas moi – avait pressenti la montée du populisme, cette fièvre de tous ceux qui disent en « avoir marre » d’à peu près tout.

« Ragoût d’Ego » : en 2003, les Etats-Unis envahissent l’Irak. Y a des bombes ou y a pas de bombes ? Finalement, y en avait pas. C’est ballot… Cet épisode désolant de notre histoire récente m’a inspiré « Ragoût d’Ego ». C’est l’écoute de Marvin Gaye qui m’a mis sur la voie de l’orchestration. Le texte est une réflexion sur l’individualisme triomphant, celui qui justifie tout, à commencer par la soumission du monde à un modèle de pensée politique. Un peu comme pour « L’Homme des foules », je décris la joie profonde du mouton calé au fond du troupeau.

« La Race des géants » : le conformisme nous détruit. L’une des idées les plus couramment admises emmène l’humanité dans l’abîme. La voici : si la technique peut faire une chose, elle doit être faite. Alors, je me suis dit qu’un jour, s’il devient possible techniquement de greffer des ailes d’oiseau à un humain, un misérable abruti se permettra d’y voir un progrès ou un bienfait. Et, petit à petit, notre nature humaine évolue vers quelque chose d’indéfinissable, obnubilé que nous sommes par notre finitude.

« Les Mutations » : le complexe du loup-garou. Elle est tout de même phénoménale cette soif de violence qui suinte tout autour de nous. Cette volonté de puissance, cette quête de l’instant où l’on pourrait ouvrir les vannes et soumettre le monde à sa folie. J’ai dû écrire ça vers 1997. Cabu et beaucoup d’autres pourraient encore témoigner : les loups-garous existent vraiment.

« Nénuphar » : les femmes tiennent aujourd’hui leur revanche, et c’est tant mieux. Angèle chante « Balance ton quoi » et Suzane « SLT ». Les Pussy Riot blasphèment en mode punk et les Femen exhibent leurs seins. Enfin, nous nous libérons de la vision masculine paranoïaque du désir féminin. Les hommes courent après le « Nénuphar » des femmes. S’ils échouent, ils voient tout en noir. Paranoïaques, vous dis-je…

« Lomkikour » : il y a un âge où tout s’accélère. Fini le temps où l’on se vautre d’un canapé à un fauteuil, et d’un fauteuil à un lit. Un âge où l’on n’a plus le temps de rien, parce qu’on doit prendre le temps pour tout. Et la vie passe, s’écoule, nous échappe. Elle n’est pas triste, cette chanson ; seulement douce-amère, car cette accélération signale malgré tout un moment de la vie, qu’on appelle la force de l’âge.

« Marie Laine » : Marie, je l’ai rencontrée à Granby. Elle est artiste-peintre. Elle m’a donné tellement de courage, tellement de force, tellement de bonté et d’optimisme. Je lui devais bien cette chanson, que je place en « bonus track » de mon album.

Voilà. Comme vous pouvez le constater, il y a du monde qui vous attend, une improbable galerie de personnages et une collection de sons.

J’ai hâte de vous faire entendre tout ça.

D’abord le 24 juin 2020 à 18h00 à l’hôtel de Guines d’Arras, dans le cadre du Didouda Arras Festival.

Ou, ensuite, lors de la sortie de l’album à l’automne 2020.

A bientôt !

David